Erfaringer fra EF-folkeafstemningerne i Danmark og Norge 1972

Kilder

Kildeintroduktion:

I efteråret 1972 blev der afholdt folkeafstemninger i Norge og Danmark om de to landes medlemskab af EF. I Norge stemte et flertal imod medlemskab, mens der i Danmark var et flertal for medlemskab. Det føderalistiske tidsskrift 'L'Europe en formation' bragte i sit novembernummer 1972 en artikel om de to folkeafstemninger.

Nordmændene var, ifølge 'L'Europe en formation', blevet afskrækket fra medlemskab ved udsigten til, at franske fiskere kunne fiske i norske farvande og dermed gøre indtjeningsgrundlaget usikkert for de norske fiskere. Netop dette spørgsmål blev anset som en væsentlig forklaringsfaktor til afstemningsresultatet i Norge. Læren af det norske afstemningsresultat var, ifølge 'L'Europe en formation', at der i valgkampagnen havde været for lidt fokus på det forpligtende politiske samarbejde, som på sigt skulle munde ud i en føderal stat.

Dette forholdte sig anderledes i Danmark. Selvom den danske befolkning havde stemt 'Ja' til EF-medlemskabet, mente 'L'Europe en formation', at EF skulle arbejde hårdt for at opnå den danske befolknings tillid. Det positive afstemningsresultat skyldtes primært, at danskerne var økonomisk afhængige af eksporten til blandt andet Storbritannien og Tyskland, som nu begge var med i EF. Modstanden mod det forpligtende politiske samarbejde var i Danmark så stor, at statsminister Jens Otto Krag (S) i valgkampen måtte sige, at dansk medlemskab ikke betød, at de overnationale institutioner blev styrket. Artiklen konkluderede derfor, at den fremtidige udfordring var at overbevise den europæiske befolkning om, at et samlet politisk Europa ikke nødvendigvis betød, at befolkningerne mistede deres identitet.

Artiklen på fransk

Artiklen i engelsk oversættelse


 

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L’épreuve scandinave

Contrairement aux Français qui, interrogés au printemps dernier par M. Pompidou, explicitement sur « l’élargissement de l’Europe » et implicitement sur la conception confédérale de cette Europe, ont répondu « oui », « non » ou blanc, pour des motifs le plus souvent étrangers à la consultation, les petits peuples irlandais, norvégien et danois, nous ont donné une leçon de démocratie en montrant avec quel sérieux ils avaient décidé de se prononcer pour ou contre l’entrée de leur pays dans la Communauté européenne. En Irlande, le 10 mai dernier, la majorité fut massive en faveur de l’Europe : 83 % des suffrages exprimés. En Norvège, le 22 septembre, le scrutin fut malheureusement négatif, mais les « oui », ne l’oublions pas, ont représenté malgré tout 44 % des votants. Quant aux Danois, le 2 octobre, malgré le refus de leurs frères norvégiens, ils ont répondu « oui » à 57 % (63,5 % des suffrages exprimés) après un vote indicatif favorable du Folketing (Parlement) : 141 « pour » et 34 opposants.

En Norvège, la participation électorale a été de 75 % des électeurs inscrits et au Danemark, elle a atteint près de 90 %… L’épreuve démocratique scandinave mérite qu’on s’y attarde le temps d’un éditorial, et que, plus tard, de sérieuses analyses de science politique soient consacrées à l’événement.

La Norvège, on l’a assez dit, c’est « un autre monde » : la route du Nord et la tentation du grand large. Traversée par le cercle polaire, enneigée cinq mois de l’année, ne disposant que d’une agriculture de subsistance, jalouse d’une indépendance nationale acquise en 1905 seulement, après des siècles de tutelle étrangère, soucieuse de préserver une industrie de la pêche qui fait vivre ses populations côtières, un mode de vie typiquement nordique et un environnement admirable dont ses bénéficiaires redoutent qu’il ne soit un jour sacrifié par la frénésie productiviste à une industrialisation accélérée, elle se présentait comme un cas « difficile » pour la Communauté européenne. Ce n’est pas le fait du hasard si ses grandes villes (Oslo, Bergen notamment) se sont prononcées à de fortes majorités en faveur de la C.E.E., tandis que les populations rurales s’y refusaient. Ce n’est pas non plus le fait du hasard si les populations les plus septentrionales ont été les plus hostiles (jusqu’à 80 % en moyenne).

Mais ces résultats ne sont-ils pas dus, en partie, aux erreurs commises par les Six lors de la négociation elle-même ? Dès lors, en effet, qu’il n’était pas clairement établi qu’il s’agissait de voter pour ou contre une communauté démocratique à finalité essentiellement politique, mais de rejoindre un « marché commun » offrant seulement des avantages économiques et commerciaux, c’est sur la seule portée de ces avantages que les Norvégiens ont été amenés à se prononcer. Or, les Six, et notamment la France, ont insisté lourdement pour qu’un jour leurs pêcheurs puissent venir librement exploiter les riches bancs de poissons qui peuplent les côtes du Royaume. Etait-ce indispensable d’exiger cette concession de la part d’un peuple rude qui n’y était manifestement pas préparé, alors qu’une exception à la règle communautaire dans ce domaine précis n’aurait lésé personne ? Il n’a jamais été évident, d’autre part, que l’agriculture norvégienne aurait gagné à s’intégrer dans la Communauté. Dès lors que les Six avaient consenti aux pays membres de l’ancienne A.E.L.E. et singulièrement à la Suède, à la Finlande et à l’Islande, pays voisins de la Norvège, tous les avantages d’une zone de libre-échange industrielle sans pour autant exiger d’eux les disciplines communautaires, les Norvégiens ont estimé, dans leur majorité, que pour le moment il leur suffirait de négocier avec Bruxelles un accord comparable, pour pouvoir commercer suffisamment librement.

On a beaucoup épilogué dans la presse sur le rôle négatif des « jeunes » et notamment des étudiants dans cette affaire. Nullement convaincus par le « modèle communautaire » actuel, bureaucratique, technocratique, axé sur des problèmes financiers et commerciaux qui font l’objet d’insipides et continuels marchandages, ils auraient forcé la décision dans le mauvais sens. Nous croyons, quant à nous, que leur influence est demeurée marginale, alors que celle des pêcheurs des Fjords, des sylviculteurs et des agriculteurs de la montagne a été décisive. Que cet échec communautaire, même s’il n’est qu’un « incident de parcours », même si, comme nous l’espérons, il garde un caractère provisoire, soit donc médité à Bruxelles. On ne fera pas l’Europe sans élan, sans « projet », sans générosité, et le régime cyniquement intergouvernemental auquel elle se trouve soumise n’est que la caricature de l’image qu’ont donnée d’elle ses pères fondateurs, et a fortiori, les fédéralistes.

L’adhésion du Danemark fort heureusement préserve l’avenir communautaire en Europe du Nord. Mais là encore, il convient de ne pas s’abuser sur le sens du vote. Pour le moment, le Danemark n’a répondu « oui » que du bout des lèvres au Marché commun et non à l’Europe que Schuman concevait comme une communauté économique à finalité fédéraliste. Non seulement, le premier ministre danois a clairement indiqué que son pays se retirerait immédiatement de la Communauté si le Royaume-Uni en sortait un jour, mais encore, pendant toute la campagne référendaire, il a souligné son refus à l’égard de tout ce qui pouvait ressembler à des prolongements institutionnels et politiques supranationaux. Sur ce point, la position danoise est aux antipodes de celle des Néerlandais et des Belges, mais fort proche de celle de la France ; elle sera largement déterminée par l’attitude des Britanniques.

Sans doute, cet état d’esprit peut évoluer. Les peuples d’Europe du Nord sont très attachés à la démocratie véritable ; leur indépendance d’esprit est aussi bien connue. Si les Britanniques décident un jour de favoriser le renforcement du Parlement européen et sa désignation populaire pour mieux contrôler la gestion communautaire, les Danois n’y feront pas obstacle; encore faut-il que ce Parlement représente seulement des peuples authentiquement libres. Quand M. Pompidou déclare souhaiter la présence de l’Espagne franquiste dans le Marché commun, cela signifie la présence à Strasbourg des représentants désignés des Cortès. Cette perspective est inimaginable pour des Danois qui se méfient déjà des conséquences européennes du possible retour en force, à la tête du gouvernement fédéral allemand, des partisans du bouillant « droitier » de la C.D.U.-C.S.U., M. Strauss.

Un jour, le pays de Kierkegaard abandonnera sans doute ses préventions à l’égard de l’Europe communautaire, mais il faudra que cette Europe ne déçoive pas. Actuellement le « oui » danois est celui d’un pays qui, contrairement à la Norvège, dispose de l’agriculture la plus compétitive du monde, et a prosaïquement besoin de la C.E.E. pour exporter les produits de ses fermes coopératives. Quarante pour cent de ceux-ci sont orientés vers la Grande-Bretagne, et on sait le rôle que joue le fameux « bacon » dans les bonnes relations de Londres et de Copenhague. Si répondre « non » à la Communauté n’avait pas signifié dire « adieu » à l’exportation en Angleterre du porc élevé industriellement dans le Jutland et dans les îles qui ferment l’entrée de la Baltique, peut-on assurer que les Danois n’auraient pas répondu de la même manière que les Norvégiens ?

Il faudrait beaucoup d’ingénuité pour en douter, mais la question n’est plus là. Nous devons considérer surtout qu’un résultat négatif du référendum danois aurait eu les plus fâcheuses conséquences sur l’attitude britannique elle-même; il aurait en effet renforcé le clan des ennemis farouches de l’adhésion qui demeurent nombreux et actifs en Grande-Bretagne, notamment dans les milieux travaillistes. Il suffit de savoir déjà que si M. Wilson revient au pouvoir il exigera une « renégociation » pour mesurer à quel point les difficultés de l’opération « Europe élargie » restent redoutables.

Nous devons maintenant nous tourner à neuf vers l’avenir. L’Europe occidentale s’identifie progressivement à une zone économique et commerciale puissante et originale. Elle demeure néanmoins dans le monde d’aujourd’hui, un « nain politique ». Elle n’a pas opté – il s’en faut – entre l’avenir fédéral et la souveraineté nationale. Elle n’a pas opéré sa mutation institutionnelle et sociale. Elle n’a pas encore fait sa révolution. Elle avance lentement en enfantant de gigantesques contradictions. Elle s’insinue, ce faisant, dans la pensée de peuples demeurés, comme l’épreuve scandinave le montre, largement conservateurs, mais très souvent par la faute de gouvernements héritiers des usages psychologiques et administratifs du passé. « Faire l’Europe » n’est pas « perdre son identité » culturelle, linguistique, et politique, voici ce qu’enseigne le fédéralisme, mais il reste à le faire comprendre aux dizaines de millions d’hommes qui ne comprennent pas encore la signification de cette aventure.

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The Scandinavian test

In contrast to the French, who, when questioned last spring by President Pompidou, supposedly on the ‘enlargement of Europe’ but implicitly on the idea of a federal Europe, answered ‘yes’, ‘no’ or left the ballot paper blank, for reasons that often had nothing to do with the actual question, the smaller countries, Ireland, Norway and Denmark, gave us a lesson in democracy by showing us how seriously they took the vote to take their country into the European Community. In Ireland, on 10 May, there was a massive majority in favour of Europe: 83 % of the votes cast. In Norway, on 20 September, the vote was unfortunately against, but, let us not forget that the ‘yes’ vote accounts for 44 % of the votes cast. As for the Danes, on 2 October, in spite of the refusal of their Norwegian neighbours, 57 % voted ‘yes’ (63 % of votes cast) following a favourable straw poll in the Folketing (Parliament): 141 for and 34 against.

In Norway, the turnout was 75 %; in Denmark, it was nearly 90 % … The Scandinavian test of democracy is worthy of an editorial and, at a later stage, of some serious political analysis.

Norway, it is often said, is ‘another world’: it represents the road to the North and the delights of wide-open spaces. A country crossed by the Arctic Circle, snowed-in for five months of the year, with nothing but subsistence farming and having acquired independence only in 1905, after centuries of foreign domination, anxious to preserve a fishing industry that provides a livelihood for its coastal population, a life-style that is typically Nordic and an exemplary environment which, it fears, will be sacrificed one day to industrialisation by the frantic race for productivity, Norway was always a ‘difficult’ case for the European Community. It is not by chance that its big cities (Oslo and Bergen, for example) came out strongly in favour of the EEC [1], whilst the country folk rejected it. Nor is it by chance that the people living in the far north were the most hostile (up to 80 % on average).

Could these results be put down to the errors made by the Six [2] during the actual negotiations? It was not made sufficiently clear that the issue was whether to vote for or against joining a democratic Community with a specific political goal and not merely whether to join a ‘common market’ offering only economic and trading advantages. And the Norwegians judged the issue purely on those grounds. To compound matters, the Six, especially France, insisted firmly on the rights of their fishermen one day to come and fish the rich fishing grounds of the Norwegian coast. Was it necessary to seek this concession from a poor nation, obviously not prepared for the challenge, when an exception to the Community rule in this specific area would have done no harm? In addition, it was not obvious that Norwegian agriculture would have benefited from joining the Community. Since the Six had offered the former members of EFTA, notably Sweden, Finland and Iceland, Norway’s neighbours, all the advantages of a free-trade area without requiring from them any of the Community disciplines, a majority of Norwegians thought it would be enough to negotiate a similar agreement with Brussels.

Much has been said in the press about the negative role of the ‘young people’, especially the students in this matter. Not convinced by the current ‘Community Model’ seen as bureaucratic, technocratic, concerned mainly with financial and trade issues resulting in hours of mindless bargaining, it is claimed that they forced the wrong decision. We believe, however, that their influence remained marginal, whilst that of the fishermen of the fjords, the foresters and the mountain farmers was decisive. This Community failure, even if it is just a minor blip and, let us hope, merely temporary, will give Brussels something to think about. Europe will not be constructed without some impetus, without a ‘project’, without generosity. The cynically intergovernmental regime that exists at the moment is but a caricature of what the founding fathers, and even more the federalists, had in mind.

Fortunately, the accession of Denmark preserves the future of the Community in northern Europe. But there, too, the ‘yes’ vote must not lead us to take too much for granted. For the moment, Denmark has given a bare ‘yes’ to the Common Market but not to the Europe envisaged by Schuman [3], that of an economic community with a federalist goal. Not only did the Prime Minister declare that Denmark would immediately withdraw from the Community if Great Britain was to leave one day, during the whole referendum campaign he also emphasised his rejection of anything that might resemble an increase in supranational institutions or powers. On this point, the Danish position is at the opposite end of the scale from that of the Dutch or Belgians but quite close to that of the French; it will be strongly influenced by the attitude of the British.

Of course, this attitude may change. The people of northern Europe are very attached to true democracy; their independence of thought is also well known. If, one day, the British decide to strengthen the European Parliament by agreeing to its democratic election in order to have better control of Community affairs, the Danes will not object; the European Parliament, however, must represent only truly free people. When President Pompidou declares that he would like to see Franco’s Spain in the Common Market, the result would be representatives in Strasbourg appointed by the Cortès [4]. This outcome would be unbearable for the Danes, who are already wary of the possible return to power in Germany of the supporters of the noisy right-wing leader of the CDU-CSU, Franz-Josef Strauss.

One day, the country of Kierkegaard will abandon its objections to the notion of Europe as a community, but this Europe must not be allowed to disappoint. At present, the Danish ‘yes’ is the consent of a country which, unlike Norway, has the most competitive agriculture in the world. It simply needs the EEC as a market to which it can export the produce of its cooperative farms. Forty per cent of these products are exported to Great Britain, and we are all aware of the role that bacon plays in good relations between London and Copenhagen. If saying ‘no’ to the Community had not spelt the end of the export business of mass-produced pork from Jutland and the islands at the entrance to the Baltic Sea, can we be sure that the Danes would not have answered in the same way as the Norwegians?

This conclusion is fairly obvious, but the question is no longer relevant. We must consider that a ‘no’ in the Danish referendum would have had very awkward consequences for the British themselves; it would have strengthened the camp of the rabid anti-Europeans who are plentiful and very active in Britain, especially in Labour circles. The fact that Harold Wilson[5], if he came back to power, would insist on ‘renegotiation’ makes one realise the obstacles to an ‘enlarged Europe’.

Let us turn once again to the future. Western Europe is becoming synonymous with a strong, new economic and trading zone. It remains, however, in today’s world a ‘political dwarf’. It has not chosen as yet between a federal future and one of national sovereignty. It has undertaken neither institutional nor social change. It has not yet had its revolution. It is advancing slowly and, in the process, is creating enormous contradictions. It is gradually establishing itself in the thoughts of old-fashioned, largely conservative people but, as the Scandinavian test has shown, governments steeped in the psychological and administrative customs of the past often influence opinion. ‘Making Europe’ is not ‘losing one’s identity’, be it cultural, linguistic or political, as federalism elsewhere has shown us. However, millions of people who have not yet grasped the meaning of this adventure remain to be convinced.

 


 

[1] EEC: European Economic Community. Det er det engelske udtryk for EF.

[2] EF gik også under navnet 'De seks', mens EFTA gik under navnet 'De syv'.

[3] Robert Schuman (1884-1963) var én af ophavsmændene til Den Europæiske Kul- og Stålunion, som var forløberen for oprettelsen af EF 1. januar 1958

[4] Cortès: Navnet på det spanske parlament.

[5] Harold Wilson var medlem af Labour (det britiske arbejderparti) og premierminister 1964-70 og 1974-76.

Om kilden

Dateret
11.1972
Oprindelse
"L'épreuve scandinave" i L'Europe en formation, November 1972, vol. 152, s. 1-2. Her bringes artiklen både på fransk og i engelsk oversættelse fra ena.lu
Kildetype
Avisartikel
Sidst redigeret
19. august 2011
Sprog
Engelsk oversættelse, Fransk
Udgiver
danmarkshistorien.dk

Om kilden

Dateret
11.1972
Oprindelse
"L'épreuve scandinave" i L'Europe en formation, November 1972, vol. 152, s. 1-2. Her bringes artiklen både på fransk og i engelsk oversættelse fra ena.lu
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Avisartikel
Sidst redigeret
19. august 2011
Sprog
Engelsk oversættelse, Fransk
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danmarkshistorien.dk