'30 jours d'Europe' om EF-afstemningerne i Danmark og Norge, 1972

Kilder

Kildeintroduktion:

I efteråret 1972 blev der afholdt folkeafstemninger i Norge og Danmark om de to landes medlemskab af EF. I Norge stemte et flertal imod medlemskab, mens der i Danmark var et flertal for medlemskab. I månederne op til de to afstemninger var der en relativt stor europæisk interesse for, hvordan resultaterne ville falde ud. Interessen kom til udtryk i flere avis- og tidsskriftsartikler i medlemslandene. Således bragte det franske månedsskrift '30 jours d'Europe' i sit julinummer 1972 en artikel af Claude Lorieux om, hvordan mulighederne for et positivt resultat af afstemningerne så ud. Lorieux gav læserne en indføring i de skandinaviske politiske forhold. Han beskæftigede sig hovedsageligt med to emner:

  • Norden som politisk alternativ til EF og
  • forskellene i de to befolkningers syn på EF og årsagerne hertil.

Lorieux beskrev, hvordan nordisk samarbejde siden 2. verdenskrig havde været en væsentlig drivkraft for især de skandinaviske lande. Der var ikke politisk vilje i hverken Danmark eller Norge til at træde ud af det nordiske samarbejde til fordel for et europæisk samarbejde.
Derudover beskrev han forskellene i synet på EF i de to lande. Nordmændene var generelt mere skeptiske end danskerne. Det gjaldt både politikerne og befolkningen. Ifølge Lorieux var en væsentlig årsag, at de norske landmænd og fiskere ikke ville få så meget ud af medlemskab som deres danske kolleger. Det skabte en betydelig modvilje i Norge, som det ikke var muligt for tilhængerne at argumentere sig ud af.

Artiklen på fransk

Artiklen i engelsk oversættelse


 

[til top]

La Norvège et le Danemark dans l’attente des référendums

Quatre des douze diplomates qui représentent le Danemark auprès de la Communauté européenne consacrent tout leur temps à recevoir des compatriotes venus à Bruxelles pour se faire une idée du Marché commun. Deux autres leur prêtent « main forte » en cas de besoin... c’est-à-dire souvent.

En l’espace de quinze jours, en effet, dix avions « charters » ont débarqué dans la capitale de l’Europe un millier de Danois auxquels le « folketing » (Parlement) avait offert ce voyage d’étude, quatre cents délégués du Syndicat des ouvriers non-spécialisés (hostile à l’adhésion) les ont suivi. Ces « migrations » (qui existent aussi entre la Norvège et Bruxelles) ont leur raison d’être, les électeurs de ces deux pays scandinaves se prononceront cet automne sur leur adhésion à la Communauté.

Les cousins du « Norden »

Lors des négociations d’élargissement, le Danemark (4.900.000 habitants) et la Norvège (3.900.000) étaient connus (avec l’Irlande) sous le sobriquet à la fois protecteur et amical de « petits candidats ». Le « grand », c’était évidemment le Royaume-Uni dont les deux échecs – en 1963 et 1967 – les avaient éloignés eux aussi des portes de l’Europe.

Danois et Norvégiens sont « cousins » (la Norvège fut province danoise de 1450 à 1814) et cependant différents. Que l’on songe seulement à la personnalité de leurs capitales : Copenhague est, comme on dit, « le Paris du Nord », un haut lieu de la contestation... et un paradis des « Foires du sexe ». Merveilleusement située le long d'un fjord, Oslo est une grosse ville provinciale, sympathique sans doute... mais où la joie de vivre n’éclate pas à chaque coin de rue !

Les Danois et les Norvégiens avaient au moins deux préoccupations communes quand ils engagèrent le dialogue avec les « Six ». Ils ont voulu – et obtenu – que leur participation au Marché commun n’entraîne pas la reconstitution de barrières douanières entre les pays de l’A.E.L.E. (zone de libre échange), qu’ils adhèrent (comme eux-mêmes et les Anglais) ou non (Suédois, Finlandais, etc.) à la Communauté. Ils ont d’autre part insisté pour poursuivre l’oeuvre d’« intégration européenne » qu’ils mènent depuis la guerre dans le cadre du Norden. Le Norden qui est une sorte de « Commonwealth » nordique est fait de cinq pays : les trois scandinaves (Danemark, Norvège, Suède), la Finlande et l’Islande. Malgré l’échec, imputable à des circonstances extérieures, de trois grands programmes d’intégration nordique – ligne de défense, union douanière, et « Nordek » – le Norden est une réalité, souvent d’ailleurs plus profonde que notre Marché commun. Il a envoyé (Islande excepté) un négociateur unique au Kennedy Round. Entre les deux sessions annuelles du « Conseil Nordique », la consultation se produit entre hommes politiques et fonctionnaires. Ses résultats : la Compagnie aérienne « S.A.S. », un Marché commun du travail, l’unification des régimes de sécurité sociale, des codes civils, des lois sur les brevets et le copyright, etc. Oslo et Copenhague ne voulaient pas y renoncer, les « Six » l’ont admis parfaitement.

Le candidat modèle et le « cactus »

Cela dit, le Danemark était le « candidat modèle et la Norvège le cactus » des négociations de Bruxelles. Les industriels danois ne demandaient pas grand-chose. Quant aux paysans, qui piétinaient dans le « purgatoire » de l’A.E.L.E., ils auraient aimé sauter tout de suite dans l’Europe verte. Les fanatiques du marchandage durent se rabattre sur les dossiers du Groenland et des îles Féroé, terres danoises dont la population totale ne dépasse pas 80.000 habitants, essentiellement des pêcheurs. Les habitants des Féroé ont d’ailleurs obtenu un sursis de trois ans avant de choisir entre l’Europe... et le grand large.

En revanche, chaque Norvégien semblait être un « cas spécial », exception faite des industriels (34 % du produit national brut), avides de nouveaux débouchés. 2,5 % seulement du sol sont cultivables. La période végétative est, dans certaines régions, réduite à trois mois. Malgré des prix très élevés, les paysans ne subviennent qu’à 40 % des besoins de leurs concitoyens. Si la politique agricole commune leur avait été appliquée sans ménagement, leurs revenus (à vrai dire substantiels) auraient, selon Oslo, été amputés de 58 %. Les « Six » ont donc fait « ce qu’il fallait » pour ne pas accélérer un exode rural qui viderait des provinces entières de leur substance humaine.

Les 40.000 pêcheurs valurent aux Ministres plusieurs nuits blanches. La Norvège n’ayant pratiquement pas de flotte hauturière, ce sont surtout des « artisans ». Leur terreur : l’épuisement des bancs. S’ils ne pouvaient plus pêcher, ils devraient, dans bien des cas, émigrer vers le Sud. Aucune industrie ne viendra jamais s’installer dans leurs hameaux. Et puis, pourquoi « piller » les réserves de poisson ? La Norvège en « produit » déjà autant que les « Six réunis ». Se soumettre au règlement communautaire sur les zones de pêche côtière signifiait, à leurs yeux, donner le feu vert à l’invasion des chalutiers-usine britanniques, allemands ou néerlandais. Les « Six » les ont mieux traités que les autres « peuples de la mer », Britanniques, Danois ou Irlandais : l’accès de leurs côtes à l’intérieur de la zone des douze miles leur sera réservé jusqu’en 1983. Ce régime pourra être proposé en tout ou en partie.

A Oslo, la partie n’est pas gagnée

Les référendums sur l’adhésion au Marché commun auront lieu le 25 septembre en Norvège et le 6 octobre de l’autre côté du Skagerrak, où le verdict populaire aura valeur exécutoire. En Norvège, ce vote n’est que consultatif. Mais personne n’imagine que le Parlement... vote contre ses électeurs.

La perspective de l’adhésion bouleverse autant le monde politique d’Oslo que le parti travailliste britannique. Le pays, qui engagea les négociations de Bruxelles avec un Premier Ministre aux convictions européennes douteuses, est dirigé maintenant par un gouvernement social-démocrate, minoritaire mais convaincu. Il lui faudra obtenir au parlement une majorité des trois quarts, et d’abord un « bon référendum » : forte participation à résultats acceptables chez les paysans et pêcheurs du Grand Nord. Or, ces deux catégories restent méfiantes sinon hostiles à l’adhésion, et de nombreux citoyens s’avouent « dépassés » par la technicité du dossier « Marché commun ». Ils préféreraient le voir confié aux spécialistes : leurs députés.

L’idée européenne chemine cependant dans l’opinion publique : les sondages montrent que les « pour » (40 %) progressent aux dépens des « indécis » (20 %). A Oslo, la confiance est de rigueur, mais la partie est loin d’être jouée.

Social-démocrate comme son collègue norvégien Trygve Bretteli, le Premier Ministre danois Jens Otto Krag n’aurait guère de souci à se faire si la décision revenait au « Folketing ». Les quatre grands partis sont pour l’adhésion. Mais la population est plus hésitante : 41 % « pour », 30 % « contre », 29 % « indécis » lors du dernier sondage. On ne conteste guère les résultats des négociations, mais on s’inquiète de ce que préparent les « Eurocrates » de Bruxelles. Cette préoccupation est d’ailleurs commune à de larges couches de l’opinion danoise et norvégienne.

Les jeunes veulent préserver Le « modèle nordique »

Dans les deux pays, la quasi-totalité des mouvements de jeunes ne veulent pas de la Communauté. Ils redoutent que les conquêtes de la social-démocratie scandinave et le mode de vie nordique ne soient condamnés au nom de la croissance économique et de la productivité... Malgré les propos de Sicco Mansholt sur le « bonheur national brut », ils craignent aussi, et dans le même contexte, que Bruxelles ne rogne la souveraineté de leurs pays..., ce à quoi leurs gouvernements objectent qu’il vaut mieux avoir « une petite voix » au chapitre que subir (comme la Suède par exemple) les contrecoups des décisions d’une formidable communauté de dix nations.

Copenhague et Oslo souhaitent, en effet, que les « Dix » se préoccupent davantage que les « Six » des problèmes du Tiers Monde, de l’amélioration de la qualité de la vie, etc. Ce thème, ils l’ont placé au premier rang des objectifs du prochain sommet européen. C’est un test.

Claude LORIEUX

[til top]

Norway and Denmark in the run-up to the referendums

Four of the twelve diplomats who represent Denmark in the European Community are devoting all of their time to receiving compatriots who come to Brussels to familiarise themselves with what the Common Market is about. Two more act as ‘reinforcements’ when necessary, which is rather often …

In the space of two weeks, ten charter flights have brought to Brussels a thousand Danes on fact-finding missions funded by the Folketing (Danish Parliament), followed by 400 delegates of the Trade Union of Non-Specialised Workers [1], which opposes Denmark’s application. These ‘migrations’, which are also taking place between Norway and Brussels, have their purpose, since the electors of Denmark and Norway will be voting on accession to the Community this autumn.

Our Nordic cousins

During the enlargement negotiations, Denmark, with its population of 4.9 million, and Norway, with 3.9 million, were known, together with Ireland, by the condescending yet affectionate title of the ‘little candidates’. The ‘big candidate’, of course, was the United Kingdom, whose two unsuccessful applications — in 1963 and 1967 — had also kept the two ‘little’ countries from Europe’s doors.

Danes and Norwegians are ‘related’ (Norway was a Danish province from 1450 to 1814), yet they have their differences. One need only think of the atmosphere of their capitals: Copenhagen is known as the Paris of the North, an anti-establishment hotspot … and home to many a ‘sex fair’. Oslo, strung out in a wonderful setting along a fjord, is a large provincial city with plenty of charm, but the party spirit is less than ubiquitous.

The Danes and Norwegians had at least two concerns when they entered into negotiations with the Six [2]. Their first demand — granted — was that their accession to the Common Market would not require a return to customs barriers among the EFTA countries, whether they were members of the Community (e.g. Denmark, Norway and the UK) or not (e.g. Sweden and Finland). They were also insistent that they wished to continue the ‘European integration’ that had been under way since the war in the form of the Norden. This, a sort of Nordic Commonwealth, consists of five countries: the three Scandinavian States (Denmark, Norway and Sweden), Finland and Iceland. Although three major Nordic integration programmes (on defence, a customs union and ‘Nordek’) have failed, the Norden is a reality, often a more profound one than our Common Market. It sent (apart from Iceland) a single negotiator to the Kennedy Round [3]. Between the two annual sessions of the Nordic Council [4], there is consultation among politicians and civil servants. It has resulted notably in the creation of the SAS airline and a common labour market and the unification of social security systems, civil codes, patent and copyright law, etc. Oslo and Copenhagen were unwilling to give this up, and the Six had no difficulty with that.

The model candidate and the ‘cactus’

That being said, Denmark was the ‘model candidate’ and Norway the ‘cactus’ at the Brussels negotiations. Danish industry made no particular demands. As to the farmers, languishing in EFTA ‘purgatory’, they were all too anxious to embrace Europe’s green expanses. The hardened bargainers had to base their case on Greenland and the Faeroes, Danish territories with a total population of no more than 80 000, mainly fishermen. The Faeroes, moreover, were granted an additional three years to choose between Europe … and the big blue sea.

In Norway, on the other hand, everyone and his friend seemed to be a ‘special case’, apart from the manufacturers (34 % of gross national product), who were eager for new markets. Only 2.5 % of the land is cultivable and the growing period, in some regions, is as little as three months. Despite very high prices, farmers provided for only 40 % of their fellow citizens’ needs. If the common agricultural policy had been applied without adjustment, their income would, according to Oslo, have fallen by 58 %. The Six therefore did ‘the necessary’ to avoid accelerating a rural exodus that would have seen entire provinces depopulated.

The 40 000 fishermen caused the Ministers a number of sleepless nights. Norway has no deep-sea fishing fleet; for the most part, they fish from small boats. They are terrified that stocks would be exhausted. If they could no longer practise fishing, most of them would have to emigrate southwards. There was no chance of any industry coming to their villages. And what was the point of pillaging the fish stocks? Norway already produces as much fish as all the Six put together. Accepting the Community rules on coastal fishing areas for them meant giving the green light to an invasion of factory ships from Britain, Germany or the Netherlands. Norway obtained better treatment from the Six than the other ‘sea-girt peoples’ (the British, Danes and Irish): it will retain exclusive rights over its coasts within the 12-mile zone until 1983. This scheme could be proposed wholly or in part.

Game not yet won in Oslo

The referendums on accession to the Common Market will take place on 25 September in Norway and on 6 October on the other side of the Skagerrak, where the popular verdict will have executive force. In Norway, the vote is merely a consultation exercise. But nobody imagines that Parliament… would vote against its electors.

The prospect of entry is as worrying for Oslo’s political circles as for the British Labour Party. Norway, which started the Brussels negotiations under a somewhat Euro-sceptic Prime Minister, is now led by a Social Democrat Government in a minority but with strong convictions. It will need a three-quarters majority in Parliament and a good result in the referendum, including a high turnout and acceptable results among the farmers and fishermen of the Far North. Yet those two groups remain mistrustful, even hostile to Common Market accession, and many citizens admit that the complexity of the Common Market case is beyond them. They prefer to leave it to the specialists in the form of their Members of Parliament.

Still, the European idea is taking root in public opinion: polls show that the ‘Europeans’ (40 %) are gaining ground at the expense of the ‘don’t knows’ (20 %). Optimism is the order of the day in Oslo, yet the game is far from being won.

Denmark’s Prime Minister, Jens Otto Krag, a Social Democrat like his Norwegian counterpart, Trygve Bretteli, would have very little to worry about if responsibility for the decision lay with the Folketing. The four main parties support Common Market entry. The public is more hesitant, though: 41 % for, 30 % against and 29 % ‘don’t know’ at the most recent poll. There is little in the way of discontent at the outcome of the negotiations; the concern is rather what the Eurocrats in Brussels have up their sleeves. This concern is shared by large sections of Danish and Norwegian public opinion.

Younger generation anxious to preserve the Nordic model

In both countries, youth movements are almost unanimously opposed to accession to the Community. They fear that the successes of Scandinavian social democracy and the Nordic way of life will be abandoned in the name of economic growth and productivity … Despite Sicco Mansholt’s [5] words on ‘gross national happiness’, they also fear, in the same context, that Brussels will eat away at their national sovereignty …, to which their governments reply that it is better to have a ‘small say’ in matters rather than suffer (like Sweden, for example) the repercussions of decisions taken by a formidable Community of ten nations.

Indeed, Copenhagen and Oslo both want the Ten to pay more attention than the Six to issues such as the Third World and improving the quality of life. This is a subject that they have placed among the priority objectives of the next European summit. A test of sorts.

Claude Lorieux

 


[1] the Trade Union of Non-Specialised Workers: den engelske oversættelse for Specialarbejderforbundet i Danmark (SiD).

[2] The six: EF gik også under navnet 'De seks', mens EFTA gik under navnet 'De syv'.

[3] The Kennedy Round: Kennedyrunden var forhandlingerne i GATT om told om udenrigshandel i perioden 1964-1967.

[4] Nordic Counsil: Nordisk Råd blev oprettet i 1952 og er et rådgivende organ, hvor de nordiske parlamentarikere diskuterer fælles anliggender. Rådet mødes mindst én gang om året.

[5] Sicci Mansholt: EF-Kommissionens formand 1972-73.

Om kilden

Forfatter(e)
Claude Lorieux
Dateret
07.1972
Oprindelse
Lorieux, Claude: "La Norvège et le Danemark dans l'attente des référendums", i 30 jours d'Europe, juli-august 1972, vol. 168-169, s. 17-18. Her på fransk og i engelsk oversættelse fra ena.lu
Kildetype
Avisartikel
Medietype
Tekst
Sidst redigeret
1. marts 2012
Sprog
Fransk, Engelsk oversættelse
Udgiver
danmarkshistorien.dk

Om kilden

Forfatter(e)
Claude Lorieux
Dateret
07.1972
Oprindelse
Lorieux, Claude: "La Norvège et le Danemark dans l'attente des référendums", i 30 jours d'Europe, juli-august 1972, vol. 168-169, s. 17-18. Her på fransk og i engelsk oversættelse fra ena.lu
Kildetype
Avisartikel
Medietype
Tekst
Sidst redigeret
1. marts 2012
Sprog
Fransk, Engelsk oversættelse
Udgiver
danmarkshistorien.dk